mercredi 17 décembre 2014

Pourquoi mon appareil photo a ruiné mes souvenirs

J'ai eu mon premier appareil photo il y a des années et j'ai cherché à faire des belles images.
Seulement voilà. La photographie comme un art (la recherche du beau) a peu à voir avec la fabrication de souvenirs.

I-La photo absorbe notre énergie pour les choses moins importantes
Que faisons nous quand nous sommes trop occupés à essayer de faire de belles images au lieu de profiter d'une promenade en famille ?
C'est pour ça que je ne prend plus mon appareil photo quand je visite un nouveau lieu, quand je passe du temps avec ma famille. C'est pour ça que j'ai détesté faire des photos au mariage de ma sœur. J'ai fait des images, des souvenirs, d'un jour où en réalité, j'étais occupée à faire des images et des souvenirs.

II-La photo nous fait prendre des personnes pour des fleurs
Quand je suis à la recherche de l'image parfaite, les gens m'importent peu. Ce que je veux, c'est déclencher au moment où ils font la bonne expression, dans le bon cadre. Il y a sur ce blog une série d'image que je trouve sympa, et qui a une histoire terrible. On y voit mon fils avec un chapeau en papier sur la tête, qui rigole, le chapeau tombe. La vérité c'est qu'il a passé de longues minutes à poser, que le chapeau ne tenait pas en place, que je lui ai crié dessus et qu'à la fin, il a pleuré. Des jours plus tard, j'ai regardé ces photos, honteuse, et je me suis demandée si je devais les publier. Je l'ai fait, j'ai écrit un titre qui ne reflétait pas vraiment la réalité. Non, ce jour là, personne ne s'amusait, je n'avais pas fait ce chapeau pour mon fils, mais pour mon ego. Tout ça pour prendre une photo d'une incroyable banalité, qui ressemble à toutes les photos de bloggeuse maman.

III-La belle photo efface nos souvenirs
Je suis tombée hier sur des photos que je n'avais jamais publiées, parce qu'elles étaient banales, pas cadrées, pas nets, pas recherchées. Pourtant il s'agissait des photos à la maternité, de rires de mon fils sur le vieux canapé moche de nos première années, de mon mari qui dormait. Il y a deux longues années non documenté dans ma vie, parce que j'étais trop triste pour faire des belles photos et que les photos du quotidien ne valaient pas la peine à mes yeux d'être publiées.

IV-La photo sera tuée par son abondance
Nous en faisons tant, que nous n'en sommes pas rassasiés. Il y a toujours une photo qui sera plus réussie. Nous faisons une cinquantaine de clichés avec la même pose, le même décors, la même histoire. Nous savons que nous avons droit à l'erreur. Et parce qu'il y en a trop, nous ne faisons plus attention, nous ne les imprimons plus. Un jour tous nos supports numériques seront devenus obsolètes, les données seront perdues. Et au lieu des milliers de clichés que nous croyions posséder, il n'en restera plus un seul. Nous sommes en train de fabriquer une génération qui n'aura de son enfance aucune image, parce qu'elles auront toutes disparues dans le plantage d'un ordinateur ou la perte d'un compte de stockage en ligne.

IV-La photo change la façon dont nous nous voyons
Nous n'aimons plus les photos où nous fermons les yeux, où nous parlons, où nous sommes juste nous. Les enfants d'aujourd'hui ont appris à poser. Ils détectent la présence d'un objectif et s'adaptent. Nous sommes devenu des gens qui se contemplent de l'extérieur. Je déteste me trouver moche à cause d'un angle que je juge peu flatteur. Alors que c'est juste un arrêt sur image, de moi. Pourquoi serais-je laide à un instant seulement ? Et pas à un autre ? Nous avons cessé de nous voir comme une personne vivante, mais comme une image, qui sous une certaine lumière, une pose et avec un certain maquillage donne le meilleur de nous-même. Nous valons plus que ça, nous sommes plus qu'une machine à extraire des images. Nous sommes des êtres humains qui bougent, interagissent, parlent et rient.

J'ai du mal à séparer les deux. Je devrais sans doute acheter un petit appareil compact. Je saurais qu'il n'est destiné qu'à faire des souvenirs. Je saurai que les photos seront laides, bruitées, et ce sera avec ce partie pris que je documenterai notre vie. Peut-être devrais-je limiter mes photos à 10 par an. On les tirera sur papier, et on sera sûr, que c'était des moments importants, où nous nous sentions bien et où nous n'étions pas simplement beaux à regarder sur un blog de maman ratée.

Il parait que mon fils adore ce chapeau, il parait que je lui ai fait parce qu'il adore les chapeaux. Cette photo est la pire que j'ai fait en tant que mère...

3 commentaires:

  1. La vérité, vraiment c'est clair ! je n'ai pas développé de photo du tout depuis le numérique, sauf pendant ma mission (et ce n'était même pas pour moi..). Pourtant j'en ai eu des plantages, mais non, je ne développe toujours pas. Allez, résolution de l'année 2015 : offrir des souvenir tangibles à mes enfants, et à moi aussi du coup. Par contre tu vois moi je photographie tout le temps, surtout pour les nouveaux lieux, instants en famille, sans que cela me gâche la magie de l'instant, mais c'est uniquement parce que j'ai appris à lâcher prise sur la perfection de la photo, mais je comprend tout à fait ton point de vue l'ayant vécu aussi ! (et en effet quand on revoit la photo quelle honte on a, entant que maman, en connaissant l'histoire derrière...)

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    1. Si tu as réussi à lâcher prise, c'est bon. Bonne résolution pour l'année suivante !!

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  2. Je ne suis pas d'accord ! Etant photographe professionnelle, faisant des photographies très souvent mais pas dans l'excès, pas dans le but de plaire, pas en faisant gaffe à mon canapé, je peux te dire que ce n'est pas mon appareil photo qui me donne les sentiments que je ressens aux moments où je prends une photo. Je pense plutôt que c'est ton envie de plaire et d'être à la hauteur de d'autres photographes qui fait que ça te détruit tes souvenirs. Personnellement, je ne détruis pas mes souvenirs : je les créé, les façonne, les chouchoute en les immortalisant dans mon appareil photo. Ne fait pas de photos pour des mariage si tu considères que ça te gâche le moment. Être photographe ne dépend pas de notre appareil photo mais de nos yeux, nous ne sommes pas photographes ou doués en photos grâce à l'appareil photo que nous avons mais grâce au talent que nous possédons... Voilà, c'est mon opinion.

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