jeudi 24 janvier 2013

éloge de la maternité

Je suis devenue mère au foyer. Pas par goût (je déteste les enfants), pas par nécessité (j'avais des offres d'emplois très intéressantes sans postuler), pas non plus par envie de rester avec lui (je supporte très bien qu'il soit gardé si ça n'excède pas 35 heures par semaine). Je suis devenue mère au foyer par foi.

Ça a été une révélation, au sens littéral du terme, quelque chose de spirituel. J'ai ressenti que ma tâche, la première, c'était d'être mère au foyer. Pour ceux qui ne croient pas en Dieu, ça parait débile. Pour ceux qui ne croient pas en Dieu et qui me connaissent ça tient de la bêtise profonde. (Un peu comme si Mikael Vandetta nous disait que sa carrière télévisuelle lui avait été inspiré par messager divin... Vous voyez un peu ?)

J'ai rapidement compris que si j'avais eu une expérience spirituelle aussi forte, c'est parce que j'allais en avoir besoin pour tenir. Je me suis beaucoup améliorée, mais dire que les débuts ont été faciles reviendrait à penser que la dépression est un état de bonheur absolu. En fait c'est toujours difficile et non, je prends pas encore de Valium.

Il y a des gens qui pensent que les mères au foyer sont une bande de petites bourgeoises, valorisées par leur statut dans des milieux vieux jeu. La vérité c'est que celles qui ne sont pas raides dingues de leurs gosses ne tiendraient pas deux semaines (et puis y a moi aussi, la mère ourse sans une once d'instinct maternel, qui avait besoin que Dieu vienne lui dire "tu seras mère ma fille, et au foyer d'ailleurs"). Non, la bourgeoisie ne considère pas que la maternité à domicile c'est cool. C'est la loose, la méga loose. Si on ne le faisait pas nous-même, on paierait le SMIC une nana qui n'a même pas son bac pour faire ce job. Et le pire c'est qu'elle serait fichue de le faire mieux que nous (en tout cas dans ma situation, c'est presque une évidence).

Je me souviens de cet échange avec cette femme magnifique, là on parle pas de petite bourgeoise, c'était une grande bourgeoise. Blonde, les cheveux au carré, qui va à la messe et porte des perles, mariée à un polytechnicien, mère de cinq ou six petits blonds type sergent major. Je me sentais humiliée juste d'exister à côté d'elle. On discutait et je lui demande "et toi ? Tu travailles ? Tu fais quoi ?" Je venais de parler avec sa sœur, expatriée, chevalière au doigt et poste en ressources humaines de niveau national dans un grand groupe français.

Elle a souri de ses grandes dents blanches et elle m'a répondu : "Je fais du chant lyrique au conservatoire... Et j'élève nos cinq (ou six) enfants. J'aime beaucoup chanter, c'est un projet que je trouve intéressant... Et j'élève nos cinq (ou six) enfants, je trouve ça important : je suis là, je gère la maison et eux aussi..."

Et j'ai eu peur. Peur de moi dans dix ans, quand peut-être je porterai des perles (o_O) et quand je répondrai à "tu travailles ?" par un mélange confus entre le hobbie le plus prestigieux que j'aurais pu trouver et la justification que ça me parait important d'être mère au foyer.

Si une femme de cette envergure ne se sent pas valorisée par le fait d'être mère au foyer, je me demande de quelle petite bourgeoisie on parle. De quel confort ? Non, celles qui font ça le font parce qu'elles aiment leurs enfants et cette façon de les élever ou parce qu'elles n'ont pas le choix.

A chaque fois que je me surprend à penser que ce que je fais sert à rien, que je suis la dernière des looseuses, je me force à penser à ma mère. Elle a fait des erreurs, des tonnes d'erreurs dont elle s'excuse encore aujourd'hui. Mais elle a été une mère extraordinaire, ce qu'elle a fait n'a pas de prix et quelque part, si je la considère comme une grande dame pour toute l'abnégation qu'elle a montré, mon rôle doit pas être si pouilleux que ça.

Et je pensais à tout ça, et je me disais, tiens, c'est comme les agriculteurs : Ils nourrissent la planète et ont à peine de quoi vivre. Tout comme les filles qui éduquent nos enfants dans les crèches qui sont traitées comme de la main d’œuvre non qualifiée. Nous avons renié les bases de notre société : élever le peuple de demain et nous nourrir. Nous avons considéré que c'était une tâche ingrate et subalterne, au point que des mères pensent qu'elles n'ont pas de valeur et parlent de chant lyrique. Au point que je suis obligée de m'auto-convaincre parce que c'est pas du tout une évidence. Je vous sortirai pas le plan "je suis cuisinière-femme de ménage-institutrice-comptable-dresseuse de fauve-teletubbies" Ce genre de discours fait juste partie de ce que des femmes se donnent comme excuse pour exister là où elles sont même pas dans la case "demandeur d'emploi". Comme moi qui m'oblige à me rappeler ce qu'a été ma mère pour arrêter de m'insulter.

Et pardon pour toutes les mamans qui bossent. C'est mon malêtre, je voudrais pas que vous vous sentiez insulté par cette complainte de la mère au foyer.

3 commentaires:

  1. 1ment : j'aime beaucoup la nouvelle présentation de ton blog!
    2ment : bravo pour cette façon de présenter les choses. J'aime beaucoup l'image de la grande bourgeoise blonde, enfin, disons que je l'imagine très bien:)
    3ment: n'est-ce pas finalement tellement mieux de faire cela par foi et amour que par obligation ou je ne sais quoi d'autre. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais posée la question (enfin si une fois quand même- mais c'est papa qui est resté a la maison un tempos...) je voulais être là pour le goûter de mes enfants (entre autres:)). Ma mère a toujours travaillé mais était à la maison (le boulot de mes parents étant au rdc de chez nous). J 'admire aussi ce qu'elle a fait pour nous!

    C'est vrai que parfois on cherche a se justifier. et finalement pour quoi faire? merci d'avoir fait cette auto-analyse applicable a toutes les mères au foyer, ou presque.

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  2. Alors là Flo, on est jumelle c'est pas possible ! looooool Bref, idem que toi.. j'aime pas les enfants : mais pourquoi j'en ai fait 2 ??!!! Mais pourquoi je reste à la maison à m'occuper d'eux et à vouloir en plus ne plus les jeter à l'éducation nationnale ? loool
    Mais comme toi, je l'ai fais et continue de le faire par foi, et finalement par amour pour eux. Et en plus on a des bénédictions immences du à mon choix : car oui, c'est moi toute seule qui ai choisi, mon mari ne pouvait pas me forcer (sinon je le met KO hein, arts martiaux oblige ! lol à un moment même on se prenait la tête car il voulait que je travaille)... Bref, on a 2 voitures et 1 moto (et pas n'importe quoi s'il vous plait, voiture et moto allemande pour pas citer de marque..) on est propriétaire d'un terrain 700mètres carré et la maison de 160mètres carré va commencer à se construire dessus... on vis bien, pas de dettes (bon sauf lui car il est harcelé par le rsi vu qu'il était artisan..). TOUT CA AVEC 1 SEUL SALAIRE et qui est inférieur à 2000 euros. Je dis pas ça pour rabaisser ou quoi, juste pour montrer que Dieu bénit les foyers qui avancent par la foi, sachant qu'au début de notre mariage, un salaire en plus aurait était plus que nécessaire... pour vivre normalement, mais malgrès la pauvreté extrême (non j'exagère pas..) il nous a toujours donné de quoi survivre (d'où l'allaitement d'un an ! loooool).

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