lundi 30 avril 2012

Le scarabée noir

Cette nuit j'ai fait un rêve. C'était glauque. Je tenais dans mes mains mon foetus, il était rouge, sanguinolent, tenait dans ma main et il avait froid. "S'il avait vécu, il serait devenu un garçon", me disait le médecin. Mon mari le prenait en rigolant pour le poser sans précaution sur la table. J' hurlais, lui disais que ce n'était pas stérile, qu'il était en train de mourir. Quand je regardais l'enfant plus attentivement je constatais qu'il n'avait pas de pieds, seulement deux nageoires et ce détail restait dans ma mémoire. Il passait de mains en mains, je tentais d'emmailloter cette petite chose que je savais condamnée mais qui frissonnait encore. Et elle devenait minuscule. Petite comme un insecte, plus de nageoires, mon fils était devenu un scarabée noir. Quelqu'un le faisait tomber et il disparaissait dans le siphon de la douche.

Je me réveille en sursaut, et me rendors. C'était hier, c'était la nuit.

Du sang, du sang partout. Sur mes vêtements, sur ma peau, le tissu imbibé, saturé de cette odeur de fer qui me donne la nausée. Je hurle en silence. C'est la fin, tu n'avais pas même de nom.

J'ai maudit mon cerveau débile qui m'ordonnait de nettoyer, de reprendre des gestes si quotidien, comme si ce qui venait d'arriver n'était qu'un détail du rangement de la maison. Se lever, se laver, se changer, ignorer cette douleur sourde au fond du ventre. Refuser de croire que ce puisse être inquiétant. Se dire que c'est normal, oui, c'est normal d'avoir du sang jusqu'aux genoux.

Et il y a cette voix qui me chuchote que ce que je fais est une mauvaise idée, qui me dit de détourner les yeux. "Je t'en prie, ne regarde pas, fais ce que tu as à faire, mais ne regarde pas, prend ta douche, simplement". L'abstraction c'est ce qui m'a toujours fait tenir. On ne pleure pas pour un concept.

C'est trop tard, l'instant d'avant j'étais complètement anesthésiée et puis je l'ai vu, cet amas rouge et sombre, avec ce fin fils blanc, qui filait sur la faïence froide de la baignoire. Ce n'est pas du sang.

Un bond, un cris et c'est fini. J'ai quitté la pièce, laissé tout ce qui y était. Je ne voulais plus rien toucher. La scène me semblait à la fois ridicule et repoussante. Et je songeais amer au scarabée noir qui disparaissait dans le siphon. J'étais terrifiée. Il est rentré, il a rangé, nettoyé.

Non je ne veux pas que tu me prennes dans tes bras, je ne veux pas non plus que tu me vois pleurer sans raison. Tu n'as rien saisi à ce que je t'ai dit et tu as même ri quand j'ai commencé à demander des choses contradictoires. Et je suis seule face à cette peine que je ne comprend pas moi-même.

Cette nuit j'ai fait un rêve.

mercredi 18 avril 2012

La mère c'est l'âme du foyer

Je sais plus où j'ai entendu ça, mais aujourd'hui ça me fait très peur. Bref, en plus d'être nounou, cuisinière et femme de ménage, je suis aussi décoratrice intérieur. La maison est pleine de carton et on manque cruellement d'étagères (mais la semaine prochaine, virée chez Emmaüs). Bref en attendant je me débrouille. Voici donc une bibliothèque pas pratique et le premier bibelot installé dans notre nouvelle maison (j'en ai pas beaucoup, mais ça c'est un cadeau de mariage).

Il me piquait mon PC le fourbe !

Alors je lui en ai fabriqué un. Il a joué avec deux minutes et ensuite il est allé cherché ses crayons et l'a tout colorié.


Le bricolage qui sert à rien que je vous déconseille vivement

jeudi 12 avril 2012

Ces choses qu'on ne nous a pas dit

ça fait une heure et demie que je l'ai mis à la sieste, trois fois qu'il s'endort quand je le berce et se réveille quand je le pose dans son lit. J'ai un mal de dos de chien et des envies de meurtre. J'ai tenté la musique, les câlins, rester avec lui, les menaces. Mais là je peux plus. J'ai juste envie de le frapper. Et de pleurer. Alors je suis sortie de la chambre, j'ai fermé la porte. Là il joue et je me sens la dernière des abruties

mercredi 11 avril 2012

Pour trouver du sens

Avant j'étais une étudiante polyvalente, j'avais le choix entre une carrière dans le management, et une carrière dans l’ingénierie. Mais j'en avais décidé autrement. Je voulais être mère au foyer. Je n'avais aucune compétence dans le domaine de la maternité, là où professionnellement j'avais des aptitudes et des facilités, je me retrouvais sans une once d'instinct maternel pour mon nouveau job : mère. Nous avons pourtant décidé avec mon mari de ne pas attendre la fin de nos études pour commencer notre famille. J'ai obtenu mon diplôme d'ingénieur, mon fils avait plus d'un an, c'était en septembre dernier.

Je commence aujourd'hui à être réellement mère au foyer, j'ai un tas de blog, mais aucun qui ne parle de ma maternité. Aucun qui parle de l'apprentissage le plus dur que j'ai jamais entrepris et de la phrase que je me répète encore et encore : Des milliards de femmes ont été mères, des stupides, des malades, des faibles, des célibataires, des adolescentes. C'est que ça ne doit pas être si compliqué.

Erreur, grossière erreur.